Le Portugal Sempre publie une entrevue avec madame le maire

    Le Portugal Sempre publie une entrevue avec madame le maire

    Retrouvez ci-dessous la traduction de l’interview accordée par madame la maire au journal Portugal Sempre paru dans le n°314 de janvier 2018.

    En avril 2015, après 10 ans de mandat, Corinne Dupont, Maire de Mitry-Mory, passe le témoin à son adjointe Charlotte Blandiot-Faride, qui a été jusqu’en 2014 sa directrice de cabinet, puis jusqu’en avril 2015, adjointe responsable de la Jeunesse, du Sport, des Associations et de la Communication. Charlotte Blandiot-Faride ajoute ainsi son nom à la continuité politique initiée le 10 mai 1925, date du premier conseil municipal présenté par le Parti Communiste.

    Mitry-Mory, ville de 20 000 habitants, couvrant une superficie de 2 995 hectares et située dans le département de la Seine et Marne, à 25 km de Paris, possède une histoire et un patrimoine significatifs. Née en 1839 suite à la fusion de deux bourgs : Mitry et Mory, concurrents depuis le Moyen Âge, réunis par ordonnance royale du 8 mars 1839. La Première Guerre mondiale, durant laquelle Mitry-Mory a joué un rôle important en tant que base arrière, a coûté la vie à 70 de ses habitants. Du fait d’une politique collaboratrice du gouvernement de Vichy, un nombre important d’élus au conseil municipal (majorité communiste) ont été emprisonnés et déportés, étant alors remplacés par une délégation spéciale.

    Au XVIIIe siècle, la vie à Mitry-Mory était conditionnée par la culture du blé, l’artisanat et les commerçants. La population était constituée de travailleurs agricoles. La culture de la betterave à sucre a commencé en 1835 et est encore active aujourd’hui. En 2017, la population active d’origine portugaise installée dans la localité est supérieure à 1 400 individus, sans compter les enfants âgés de moins de 16 ans. Cette présence lusophone n’est pas si récente qu’on pourrait le croire. Après la fin de la Première Guerre mondiale, environ 2 000 portugais, sur les 5 000 qui se sont échappés, ont choisi de rester en France, dont à Mitry-Mory, occupant des postes essentiellement dans le domaine de l’agriculture. A partir des années 50, le contingent a progressivement augmenté, pour atteindre les chiffres que l’on connaît aujourd’hui.

    Selon les données recueillies auprès de qui de droit, la communauté portugaise de Mitry-Mory rayonne au point de représenter plus de 40 % des activités de commerce de proximité dans le secteur des services, de l’artisanat spécialisé dans divers secteurs et dans certaines entreprises leaders.

    C’est pour cette raison que nous avons souhaité discuter avec l’actuelle maire de Mitry-Mory, Charlotte Blandiot-Faride, afin qu’elle nous explique ce qu’elle pense de la communauté portugaise et de sa visibilité au sein de la ville.

    La communauté portugaise ou d’origine portugaise, installée à Mitry-Mory est déjà ancienne. Comment analysez-vous son implantation et sa participation dans la vie active sociale et culturelle ?

    L’émigration venue du Portugal constitue une communauté importante et sa présence à Mitry-Mory est très ancienne et appréciée. Elle est fédérée et s’organise au travers d’associations sportives et de l’association Estrelas do Norte (Étoiles du Nord), qui organisent de nombreuses actions dans la ville, qui permettent de faire connaître la richesse du folklore et également le potentiel de la gastronomie portugaise. Nous avons un commerçant dans le quartier de Mitry le Neuf qui promeut très bien la diversité de la gastronomie portugaise.

    Justement, la communauté portugaise étant une communauté ancienne dans Mitry-Mory, cela ne justifie-t-il pas le fait qu’elle soit investie et participe à la vie de la ville ?

    La participation des portugais comme des autres communautés pourrait être plus importante. Nous sommes dans une période où la participation des citoyens, du fait de la conjoncture actuelle, est moins importante. Il y a moins de temps pour le volontariat, moins de temps à consacrer aux autres, et la communauté portugaise n’échappe malheureusement pas à cette règle. Cela se vérifie pour les portugais, les bretons et les basques. Mais nous devons noter que la présence portugaise dans divers secteur sociaux est une affirmation. Il suffit de regarder la vie paroissiale, où la communauté est très investie au quotidien. C’est à cela que l’on reconnait son originalité, mais pas seulement. J’ai tendance à dire qu’aujourd’hui, elle est beaucoup plus mixte que par le passé. En effet, il y a 20 ou 25 ans, les associations qui liaient des liens au pays d’origine étaient beaucoup plus fortes et influentes qu’aujourd’hui.

    À Mitry-Mory, la cohabitation entre tous se passe de manière pacifique et agréable, sans problèmes.

    On peut observer aujourd’hui que tout se passe bien. Lors des nombreuses fêtes de quartier, initiatives avec la population et fêtes en tout genre, où tout le monde se mélange, tout se passe bien. Je parle par exemple de la fête des voisins, où la population s’organise dans la rue sous forme d’auberge espagnole, portugaise ou autre, de la soirée des cinq continents, où chaque habitant confectionne des plats de son pays d’origine ou de pays et régions qu’ils apprécient. Personne ne se pose de questions, tout le monde vit ensemble, mange ensemble, il n’y a pas la moindre interrogation. On s’enrichit les uns avec les autres, même si je pense qu’en même temps, nous ne sommes pas à l’abri de la difficulté qui peut exister, non pas dans la vie au quotidien des personnes les unes avec les autres, mais dans une autre forme de violence médiatique, qui fait que parfois les personnes se regardent différemment. En tout cas, ici nous cultivons la préciosité de cette vie ensemble, tout en gardant nos différences.

    Vous dites que ces différences peuvent être un facteur de progrès social et culturel, de dialogue entre les diasporas et le reste de la population ?

    Je pense que nous devons être fiers de nos origines, d’où nous venons, c’est une richesse énorme. Nous sommes tous plus ou moins d’origines culturelles différentes, ce qui constitue une richesse fondamentale. Et c’est encore mieux lorsque nous nous retrouvons autour de valeurs communes. Je crois en nos valeurs républicaines, je pense que nous pouvons nous retrouver autour de celles-ci, avec nos différences. Mon action municipale est tournée vers ces valeurs, telles que le respect les uns des autres, des traditions de chacun. Nous faisons cohabiter hommes et femmes. La nouvelle génération donne ce sens, celui de connaitre son histoire, de connaitre la partie de son histoire à l’étranger et également la partie de son histoire dans le pays qui vous a accompagné et qui reconnait l’histoire de l’émigration. Ce que nous n’arrivons pas toujours à faire en tant que pays colonial tel que le nôtre, qui a profité de la misère de certains pays afin de faire venir de la main d’œuvre à un moment où il était nécessaire de reconstruire. C’est reconnaitre l’histoire de l’émigration, c’est reconnaitre ce qui a été apporté au pays d’accueil, c’est reconnaitre qu’aujourd’hui nous sommes tous les uns avec les autres la force de l’histoire.

    La mairie de Mitry-Mory, avec les pompiers, ont organisé une action de solidarité avec les victimes des incendies au Portugal. Comment s’est déroulé ce geste solidaire ?

    Deux facteurs : parce qu’il a s’agit d’une catastrophe dramatique à nos portes et parce que nous avons dans notre ville une importante communauté de portugais, il nous a semblé inconcevable de ne pas participer à cette vague de solidarité avec les régions touchées. C’est la raison pour laquelle j’ai sollicité le Conseil Municipal pour le vote d’une subvention exceptionnelle à double titre, pour aider les camarades portugais et pour la communauté portugaise qui vit à Mitry et qui est touchée par cette tragédie au Portugal. Les pompiers français se sont associés et la corporation de Mitry également, en envoyant des hommes et du matériel. Non seulement pour la dimension tragique, mais également parce que nous sommes deux pays à l’histoire commune. Nous partageons les situations heureuses et les situations les moins heureuses.

    Il semble que nous avons terminé, mais je voudrais en profiter, grâce à Portugal Sempre, un journal que je suis habituée à voir à Mitry-Mory et dans certaines associations des alentours, pour souhaiter à toute la communauté portugaise installée à Mitry-Mory mes meilleurs vœux pour 2018 et de joyeuses fêtes.

    Texte traduit du portugais par Abilio Laceiras