CDG Express : Un projet qui rassemble CONTRE lui

    CDG Express : Un projet qui rassemble CONTRE lui

    Concernée au premier chef par le projet de CDG Express, la ville de Mitry-Mory n’a pourtant pas été désignée pour accueillir une réunion publique dans le cadre de l’enquête publique en cours. Qu’à cela ne tienne, la municipalité a organisé son propre débat démocratique, mercredi 15 juin, salle Jean Vilar, afin d’informer le plus grand nombre sur la réalité de ce projet à 2 milliards d’euros.

    Citoyens, élus du territoire, organisations syndicales, comité d’usagers du RER B… Ils étaient une soixantaine à avoir répondu à l’appel de Mitry-Mory pour dénoncer le projet de CDG Express, jugé par beaucoup écologiquement, économiquement et socialement irresponsable.

    C’est donc en présence de représentants associatifs et syndicaux (CGT, MNLE…), des maires de Compans, de Gressy et du Mesnil-Amelot, d’élus de villes voisines (Dammartin-en-Goële, Villeparisis, Othis, Sevran…), des conseillers régionaux d’Île-de-France, Sylvie Fuchs et Didier Mignot, de Charlotte Blandiot-Faride, maire, et de Marianne Margaté, 1e adjointe au maire et conseillère départementale, que s’est tenu le débat.

    Un débat qui, de manière transpartisane, partage le même constat : cette ligne ferroviaire doit relier directement la gare de l’Est au terminal 2 de l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle en 20 minutes à un tarif prohibitif de 24 euros le ticket, qui empruntera les voies de circulation de la ligne K, du TER Picardie, du fret et du RER B, réduisant ainsi leur qualité de service, est un mépris des besoins réels des habitants et des usagers des transports. D’autant que le tout sera financé avec de l’argent public.

    Mitry-Mory lutte depuis le début des années 2000 contre le CDG Express. Une exposition visible dans le hall de la salle Jean Vilar en témoignait. Et pour cause, en plus d’être inutile, ce projet est même jugé néfaste à bien des égards par la municipalité. Les arguments des défenseurs de cette ligne ferroviaire sont peu nombreux et peu convaincants.

    Améliorer la desserte de l’aéroport ?

    Tout le monde s’accorde sur la nécessité de faciliter l’accès à l’aéroport pour les touristes, les passagers d’affaires et les 90 000 salariés de la plateforme aéroportuaire. Seulement le CDG Express semble loin d’être la meilleure réponse. En effet, la gare de l’Est bénéficie de très peu d’interconnexions vers le reste de la capitale et ne constitue donc pas un avantage pour les voyageurs.

    De surcroît, la ligne 17 du métro du Grand Paris, elle aussi mise en service en 2024, permettra de relier Paris à l’aéroport avec un temps de trajet quasi équivalent. Cette dernière disposera en outre de plusieurs arrêts dans les villes traversée, notamment à l’aéroport du Bourget, bénéficiant ainsi aux populations des territoires concernés. Elle permettra également de rejoindre facilement, La Défense, Porte Maillot, voire Châtelet et le centre de Paris via sa correspondance avec la ligne 14. Côté tarif, la ligne 17 l’emporte également sur le CDG Express, la première étant accessible au tarif public en vigueur.

    D’autres projets sont défendus depuis longtemps par les syndicats des transports et les comités d’usagers pour une meilleure desserte de l’aéroport : Remise à niveau des réseaux existants, et notamment de la ligne B, bouclage du RER B entre Mitry-Mory et l’aéroport, doublement du tunnel du Châtelet pour désengorger la circulation, investissement dans du matériel roulant neuf etc…

    Les études les plus optimistes prévoient 8 millions de passagers par an sur le CDG Express, ce qui représente moins que le nombre d’usagers du RER B en un mois…

    Un financement controversé

    Si une nouvelle enquête publique est aujourd’hui ouverte c’est essentiellement pour présenter aux citoyens le nouveau montage financier du projet. Car le projet en lui-même a été déclaré d’utilité publique en 2008.

    L’investissement, d’1,4 milliards d’euros HT, doit se faire sans argent public. Or, l’opération serait portée à 50% par SNCF Réseau (ex-RFF), entreprise publique, dont la dette, de plus de 30 milliards d’euros est bien publique elle aussi, et Aéroport de Paris (dont l’Etat est actionnaire majoritaire) complétant les 50% restant.

    De plus, comme le projet selon les prévisions ne sera pas rentable, une taxe passager sur les compagnies aériennes est envisagée pour financer la gestion de l’équipement qui ne pourrait être assurée par le prix du billet, pourtant déjà élevé. En compensation, ces dernières bénéficieraient de réductions d’impôts, soit de financements publics indirects. En outre, le plan de financements prévisionnel ne prend pas en compte l’ensemble des infrastructures nécessaire au bon fonctionnement du CDG Express, si bien que la note promet d’exploser.

    Enfin, les pertes de recettes du STIF pourraient être faramineuses

    Des avis mitigés des organismes publics

    Les citoyens et élus du territoire ne sont pas les seuls à émettre des doutes sur la viabilité d’un tel projet. Ainsi, la haute autorité environnementale a rendu un avis non conforme sur le projet et demande à l’État de revoir son étude d’impact. Le STIF rend un avis favorable mais avec de très fortes réserves en lien avec la dégradation des conditions de transport sur les lignes B et K qui seront empruntées par le CDG Express. Idem pour l’Autorité de régulation des affaires ferroviaires et routières (ARAFER) qui estime le projet impossible sans l’intervention de plus de fonds publics. La Cour des comptes somme quant à elle l’État de donner la priorité aux réseaux existants. Enfin, le département de la Seine-et-Marne a émis un avis très réservé sur ce projet.

    Elus, syndicats, associations et citoyens mobilisés

    Les élus de la ville de Mitry-Mory ont été présents aux réunions publiques officielles (Paris, Mesnil-Amelot) ainsi qu’aux permanences de la commission d’enquête, afin de dénoncer ce projet dans le cadre de l’enquête officielle. Présents aussi lors des actions de sensibilisation menées par des partis politiques, des syndicats et des militants sur le RER B et la ligne K ( 1er, 9 et 30 juin, 7 juillet…)

    Vincent Bot, conseiller municipal à la vie numérique, a également saisi l’occasion d’un forum de discussion organisé sur le blog du RER B avec le directeur de la ligne B, M. Jérôme Lefebvre, pour lui poser des questions sur l’impact du CDG Express sur la ligne B. Refusant de répondre, M. Lefebvre a renvoyé vers le site de la commission d’enquête. « Le début du tchat* abordait essentiellement les problèmes techniques (climatisation, avaries, orientations en gare etc), mais il a fallu attendre la fin du tchat pour aborder le fond, explique Vincent Bot. Une gestion du temps bien contrôlée pour ne surtout pas à avoir à répondre aux questions embarrassantes… », conclut-il.

    Quoi qu’il en soit, à quelques jours de la fin de l’enquête publique officielle, de nombreux avis négatifs et argumentés ont déjà été déposés, et la mobilisation continue de prendre de l’ampleur.

    Elle sera peut-être déterminante pour faire échouer une bonne fois pour toutes ce projet inutile et inconséquent.

    *Messagerie instantané sur internet permettant des échanges en direct